De Saint Brieuc à Auschwitz, hommage à Raymond Lévy

Récit d’Alain Gendre, professeur d’histoire au Lycée Freyssinet à Saint-Brieuc,  membre du Conseil d’administration des Bistrots de vie du Pays briochin.

Septembre 2008 lycée Freyssinet Saint Brieuc
Présentation des programmes de première, la Seconde Guerre Mondiale sera étudiée dans l’année.

-M’sieur, Y’avait des juifs à Saint Brieuc ? Beaucoup ?

-Non pas beaucoup, mais je peux te dire qu’ils y ont eu droit aussi,

Ici comme dans toute l’Europe occupée…

Je me rappelle une exposition au musée sur Emile Daubé,

-Tu sais y’avait un garçon, à peu près de ton âge, il s’appelait Raymond Levy, il prenait des cours de dessin auprès d’un artiste peintre de Saint Brieuc. Il a dessiné dans un carnet à la maison d’arrêt de Saint Brieuc en juillet 43, avant d’être déporté à Drancy puis à Auschwitz. Si tu veux on pourra travailler sur son histoire en cours d’année

J’ai en tête une proposition du Mémorial de la Shoah de Paris qui propose des voyages d’étude dans les camps aux classes de lycée en contrepartie d’un petit travail de mémoire.

J’inscris donc la classe.

Novembre 2008 Lycée Freyssinet Saint Brieuc.

On a bien avancé :
-Aujourd’hui, on fait le point sur nos recherches ?
-Qui était Raymond Lévy ?

M’sieur, Il est né le 06.08.1925 à Paris.

Raymond Lévy au Sacré Coeur

Raymond Lévy au Sacré Coeur

 

Il s’est réfugié à Saint-Brieuc avec ses parents Maurice et Suzanne ainsi que son frère Jean dit « Petit Jean ».

Ils étaient domiciliés 4 rue du 71° R.I à Saint-Brieuc. Son père était représentant de commerce et employé de bureau chez M. Renaud (savonnerie en gros).

La famille est recensée dés 194O, Maurice Lévy poursuit son travail d’une façon plus discrète comme simple employé, et se fait appeler Monsieur Maurice pour se dissimuler. Cependant beaucoup de personnes de l’entourage de la famille connaissent leur statut de juifs. De plus, Maurice était amené en raison de sa profession à avoir de nombreux contacts avec les allemands (connaissance de la langue).Les deux enfants, Raymond et Jean ont été baptisés, vraisemblablement avant leur arrivée à Saint-Brieuc. Marc Bougeard a assisté à la communion de Petit Jean.
La famille déménage 9 Rue Bel Orient pour se faire encore plus discrète, mais reste à Saint Brieuc, malgré l’interdiction faite aux juifs de séjourner en zone littorale.

 

Raymond est inscrit à l’école du Sacré Cœur. Puis grâce à Marc Bougeard, il s’inscrit aux cours de dessin d’Emile Daubé.

En 1943, il s’est fait engager chez M. Rolland, architecte, rue Saint Guillaume.

Juin 43, La famille est arrêtée, (sur dénonciation? Indiscrétion? Soupçons des allemands?). Petit Jean qui était à Plaintel est obligé de se rendre à la Gestapo, le lendemain à pieds. Apprenant l’arrestation de Raymond et de sa famille, E. Daubé, Marc Bougeard et Henri Martin se rendent à la Gestapo (Boulevard Lamartine) pour essayer d’obtenir leur libération, en vain.

Dessin de Marc Bougeard, illustrant la venue du cirque évoquée par Raymond Lévy dans son carnet

Dessin de Marc Bougeard, illustrant la venue du Cirque évoquée par Raymond lévy dans son carnet

Carnet de Raymond Lévy

Carnet de Raymond Lévy (cliquez pour agrandir)

 

Carnet-7 juillet 1943 à la prison de Saint-Brieuc

Carnet-7 juillet 1943 à la prison de Saint-Brieuc

C’est à la prison que Raymond fait son carnet de croquis du 7 au 28 juillet 43. Tous les dessins sont marqués d’une grille après la signature pour attester de la situation.

La famille est ensuite dirigée sur Drancy (matricule 3405) puis intégrée au convoi N°58 qui quitte la gare de Bobigny le 31 07 43 à destination d’Auschwitz.

Le convoi 58 comprenait 1000 personnes, à l’arrivée à Auschwitz, 218 hommes et 55 femmes sont retenus pour le travail. Raymond ainsi que sa famille est immédiatement assassiné par gazage.

A la libération, il ne restait que 28 survivants dont 18 femmes de ce convoi….

 


Décembre 2008 Paris, mémorial de la Shoah.
M’sieur, c’est quoi ces boites ?

C’est des boites de Zyklon B

Cela servait à gazer les juifs.

9 janvier 2009 Auschwitz/Birkenau

Birkenau-2

Jules a été déporté à 18 ans, il nous fait découvrir le camp, -15° sous la neige,


M’sieur, Y ‘avait sans doute de l’herbe entre les blocs.

-Tu sais, si y’avait eu un seul brin d’herbe, on l’aurait mangé !

 

 

 

 

 

Printemps 2009
Les élèves ont réalisé leur exposition « De Saint Brieuc à Auschwitz, hommage à Raymond Lévy. » quelques panneaux, un petit article dans la presse locale.

18 heures le lycée est en sommeil, les élèves sont partis.

Une petite femme s’avance vers les panneaux, elle s’arrête, elle regarde, ….elle pleure.

– Bonsoir madame, vous connaissiez Raymond Lévy ?

– oui,

 c’était mon ….amoureux…

Epilogue :
Rapporté au nombre de Juifs recensés en octobre 1940, le bilan des victimes de la Shoah s’avère particulièrement lourd en Ille-et-Vilaine et dans le Morbihan où il atteint respectivement, 35% et près de 38% de ces populations. Rappelons que 25% des juifs de France furent déportés et assassinés.

Pour les Côtes-du-Nord :
Raoul Baitman/Jakout Hirz/Cécilia Moutsching/Isaac Szmerla/Louis Szmerla/Moszek Szmerla/Berthe Lévy/Denise Lévy/Benno Bing/ Henri Marcus/Juline Rozenberg/Aron Rysé/Rachel Hirchenson/Ruben Hirchenson/Elias Szawec/Rose Szawec/
Maurice Lévy/Suanne Lévy/Raymond Lévy/Jean Lévy/Marcelle Lipman/Françoise Rey/David Blum/Sabaky Bassan/Claire Bassan/Henri Bassan/Michel Bassan/Israël Davy/Rosa Davy/joseph Davy/Leon Davy/Maurice Davy/Roger Davy/Irène Fékete.

Soit 34 juifs, résidant ou ayant résidé dans les Côtes-du-Nord, déportés, parmi eux : 8 enfants de 3 à 15 ans.

Merci à Pierre Klein.

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