Lettre du 1er Vice-Président du Conseil régional de Bretagne aux acteurs de la culture

Crédit photo : Ouest-France

Rennes, le 27 mars 2020

Chers amis,

J’espère que vous allez bien en ces circonstances si particulières et que vous n’êtes pas, vous et vos proches, touchés par la maladie.

La situation que vivent les artistes, les passeurs de culture, les organisateurs d’évènements, les associations m’inquiète douloureusement. Pour aujourd’hui, bien sûr. Pour demain, plus encore.

Alors, en conscience, il faut faire son travail.

Faire son travail, c’est être à son poste, même en télétravail, et parer au plus pressé. Ce que nous essayons de faire, la Direction de la Culture et moi-même.

Plusieurs décisions et mesures ont été prises par la Région Bretagne depuis le début de cette crise.

Vous le savez, toutes les subventions prévues seront versées intégralement, même pour des évènements annulés.

Vous le savez également, des aides exceptionnelles aux entreprises dont les activités sont impactées par la pandémie ont été votées, ainsi qu’un exceptionnel fonds d’aide à la vie associative, d’un montant de 5 millions d’euros.

Dans cette période si troublée, les liens sont quotidiens avec l’État, les départements, les métropoles et les collectivités locales. C’est ensemble que nous agissons et que nous agirons, en bonne complémentarité, chacun à sa place.

L’angoissante question qu’il nous faut résoudre pour l’avenir – au-delà de toutes ces mesures qui pourraient permettre d’éviter le pire – concerne les créateurs, auteurs, plasticiens, artistes et techniciens intermittents.

La première réponse ministérielle – la période de confinement sera neutralisée pour le calcul des indemnités et des heures – devra être revue, pour une raison simple : beaucoup de spectacles ont été interdits avant le confinement ; bien plus encore ne pourront être organisés après le confinement.

J’ai alerté le cabinet de Franck Riester sur cette question cruciale et mesuré sa détermination en la matière. J’espère que les arbitrages gouvernementaux iront dans le bon sens. Le Président du Conseil régional de Bretagne est également intervenu, au plus haut niveau de l’État. Nous restons mobilisés et vigilants.

Par ailleurs, il s’agit de permettre aux indépendants, aux auto-entrepreneurs, aux gérants d’EURL, si nombreux dans l’évènementiel, d’avoir accès aux mesures gouvernementales. Il semble que maintenant, après quelques atermoiements, ce soit le cas.

Au-delà de ces mesures administratives et financières nécessaires, chacun peut et doit contribuer à faire vivre les solidarités. C’est tout un écosystème, un terreau, qu’il faut sauver. C’est pourquoi, j’espère qu’il sera possible aux structures employeuses d’artistes et de créateurs de faire preuve de solidarité en payant les cessions prévues aux compagnies, en honorant les cachets des intermittents et en rémunérant les créateurs, tous domaines artistiques confondus.

 

Chers amis,

Nous sommes toutes et tous dans une sidération mêlée de tristesse devant tant et tant de manifestations annulées, d’expositions fermées, de cinémas désertés, sous les nuages lourds de menaces qui s’amoncellent pour demain. Pour le jour d’après, pour l’été qui arrive…

Au risque d’une naïveté que j’assume pleinement, j’ose espérer que cette crise sanitaire se transformera peu à peu en un formidable foyer d’opportunités.

Le monde qui vient, fort de l’expérience de cette pandémie, se doit de réfléchir sur le sens de nos vies et non se contenter de respecter, en ânonnant, des tableurs excel et des dogmes financiers répétés à l’envi.

Il nous faudra renverser des tables. Les tables de ces fausses certitudes qui régentent nos vies depuis des décennies.

Il nous faudra ralentir le temps et repousser les tyrannies de l’urgence.

Il nous faudra respecter les rythmes d’une nature blessée et meurtrie par nos inconséquences et repenser nos rapports à ces territoires de vie qui nous construisent autant que nous les aménageons.

Il nous faudra rallumer tous les soleils.

Il faudra aussi se rappeler que Liberté, Égalité et Fraternité, ne sont pas des mots vides de tout sens, mais des combats toujours à mener.

C’est un si joli mot, Fraternité… Il a été mis à mal, sous nos yeux, depuis des mois, en Méditerranée. Et il ressurgit, ici et là, d’initiatives citoyennes qui jamais n’abdiquent, ces lucioles qui éclairent nos chemins.

Liberté, Égalité, Fraternité. Abandonnés, trahis, piétinés, ces mots qui gisent sur le sol de nos illusions, nous devons en prendre soin !

Vous, hommes et femmes de culture, artistes, acteurs de la diversité, passionnés et militants, vous serez là, demain, à votre place pour rappeler ces essentiels qui nous font plus grands que nous. Votre place ? Celle du doute, de la question, de l’impertinence, de l’insolence. Celle du rêve. Celle de l’émancipation.

En attendant, avant d’imaginer ce monde d’après, il faut affronter la tempête et parvenir sur la rive, là-bas, au loin.

Soyez assurés que nous donnerons le meilleur de nous-mêmes pour accompagner cette traversée.

La Direction de la Culture est à votre disposition. Je le suis également.

Demain, nous serons vivants et nous serons debout.

Prenez soin de vous !

Jean-Michel Le Boulanger

1er vice-président du Conseil régional de Bretagne,

en charge de la Culture et de la démocratie régionale


'Lettre du 1er Vice-Président du Conseil régional de Bretagne aux acteurs de la culture' Pas encore de commentaire


Publiez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.