Chronique littéraire : « Les enfants de l’école du diable » par Roger Toinard

« Ils s’appellent Marie, Hervé, Roger, Nadège…Orphelins de l’Assistance, sans le sou, cancres, bons à rien, ce sont les élèves de l’école laïque de Brennac. Au cœur de la Bretagne rurale des années 1950 où l’Eglise régente tout, l’école sans Dieu, républicaine, gratuite et mixte, est encore l’école du diable !

Mais les jets de cailloux de « ceux du privé », le mépris des «  bien-pensants », l’hostilité du maire qui refuse le plus petit centime pour acheter des craies ou un poêle à une classe déjà dépouillée de tout n’altèrent en rien l’énergie de l’institutrice, Julia, qui en un véritable sacerdoce, s’acharne envers et contre tous à mener ses protégés vers un minimum de « savoir-faire à défaut de savoir ».

Elsa, huit ans, raconte ici son enfance imprévisible et brosse un bouleversant portrait de sa mère, héroïne des temps modernes. Ainsi défile une chronique profondément humaine sur l’engagement et l’école pour tous »

Tout est dit dans cette 4ème de couverture. Et quand bien même l’auteur joue parfois avec les noms de lieux et de personnes, elle me donne suffisamment d’indices pour que le petit Poucet que je suis, y retrouve son chemin.

J’ai passé toute mon enfance, en effet, à « Brennac » (dont je tairais le véritable nom). Brennac se situe à quelques lieues de Saint-Brieuc, là où rôde encore le fantôme de Boishardy, le chef chouan ; une commune qui, dans ces années 1950, est toujours sous la coupe de la noblesse et du clergé omnipotents.

J’ai bien connu « Julia » et sa lutte opiniâtre pour que vive l’école publique de Brennac ; je revois « Simon », son mari, sur les planches de l’Amicale Laïque dans « Le Comte de Monte-Christo ». Comme Elsa, j’ai souvent emprunté le car de Julien, il était de couleur vert foncé. « Denise et Jean » étaient mes maîtres d’école et Jean m’a ouvert le chemin du collège. Et je n’oublierai jamais ces humiliations que nous subissions, nous les enfants de « l’école du diable », au « caté » ou à l’église quand nous devions, entre autres choses, faire tamponner notre « carte de fidélité » à la sacristie, à l’issue de la messe dominicale…

La citation de Jean d’Ormesson, mise en exergue en tête du roman, prend tout son sens quand on ferme ce livre : « Chacun sait que si tout roman est une histoire qui aurait pu être, l’histoire elle-même, d’un bout à l’autre, est un roman qui a été ». On ne peut pas mieux dire. A l’heure où le principe de laïcité connaît quelque turbulence, il est bon de se remémorer ce dur combat pour « mieux vivre ensemble ».

« Les enfants de l’école du diable » de Sylvette Desmeuzes-Balland aux « Presses de la Cité », collection « Terres de France ».

Roger Toinard


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