- Historique du port du Légué
Extrait des recherches historiques de Gwenaël Romac, architecte. Publication, juin 2000 dans 'l'Echo du Bosco', bulletin d'information de l'association du Grand Léjon. Soucieux d´apporter sa contribution à la connaissance de l´histoire maritime du Légué, l'Association pour le Grand Léjon vous propose un texte élaboré par Gwenaël Romac dans le cadre de ses études d´architecte. Ce document, par son caractère synthétique mais néanmoins précis, retrace la lente évolution du port du Légué au fil des siècles. Il peut, sans conteste, servir de référence pour tous ceux qui auraient à coeur de développer un aspect méconnu de l´histoire de ce port. Il a fait l'objet d'une publication, à partir de juin 2000, dans l'Echo du Bosco, bulletin d'information du Grand Léjon.
Introduction Les territoires tels qu'on les perçoit aujourd'hui sont le produit d'une lente maturation où l'homme a façonné au cours du temps, selon ses besoins, notre paysage. Comprendre un site, c'est d'abord comprendre son histoire. La relation du Légué entre l'Armor et l'Argoat (la mer et la terre), entre une ville située 80 m plus haut n'ayant aucun regard sur celui-ci et une mer qui n'entre que quelques heures par jour dans le port est difficile. A travers un développement historique je tenterai de comprendre comment le Légué a été façonné. Le Légué port de mer ou port de terre ?
la découverte : 482 - 1423 :
Il existe peu de documents sur le Légué et son activité avant 1423 où il est mentionné dans une lettre de change du Duc Jean V. On trouve cependant une histoire sur l'arrivée du moine Brieuc, fondateur historique de la ville, dans l'estuaire du Gouët en 482 narrée par le chanoine La Devision. La description du site est contradictoire, d'abord défini comme inhabité pour conforter la légende de la fondation de St Brieuc. Ce lieu n'estoit pour lors qu'une affreuse et un affreux désert, qui n'avoit pour tout bastiments que des bois, des rochers, des montagnes et des vallées : bref une vaste forêt. Ensuite pour justifier l'implantation du moine en terrain fertile il ajoute : 'il' (St Brieuc) regarde et considère attentivement ce séjour et ce climat, il trouve l'air fort tempéré, doux et salubre, la situation agréable ; il voit ce terroir arrosé de plusieurs belles fontaines, entouré de deux gentilles rivières..., un beau port appelé jadis le port de Cesson, aujourd'hui le havre du Légué, les vallées d'alentour enrichies de belles prairies, il juge ce lieu devoir être fertile et regrette que l'industrie et le bonheur de quelques habitants n'a eu soin de cultiver. On peut donc situer à l'embouchure du Gouët, sous Cesson un port primaire. L'activité du lieu se situe au niveau de l'exploitation du sel et des produits calcaires (le maërl) qui servent à enrichir les sols, la pêche reste mineure, principalement sous la forme de pêche à pied et côtière. Pendant ce temps Saint-Brieuc se développe autour de sa vocation religieuse, le monastère devient le siège d'un évêché. Le Légué, alors une ria, apporte une relation des produits de la mer vers la terre, isolé cependant des préoccupations religieuses de St-Brieuc.
L'esquisse du port : 1423 - 1700 :
En 1423 on trouve la première mention de Cesson et du havre du Légué reconnaissant une activité portuaire par une lettre de change du Duc Jean V. En effet, le 15ème siècle représente un tournant dans la vie du Légué : la naissance d'un port et de ses activités, toute la pêche hauturière qui remplace la pêche côtière et surtout l'apparition du commerce. Le développement du commerce maritime est du à quelques armateurs avisés, ayant réalisé qu'il y avait des marchandises au niveau du bassin briochin et de l'arrière pays et que celles-ci ne pouvaient transiter que par la mer, les voies terrestres étant impraticables. Cette activité permet donc d'écouler les productions de l'arrière pays tant au niveau de l'agriculture, que de l'artisanat, comme le commerce des toiles de Quintin, ou celui des céréales qui se fait au Légué. Une petite industrie naît, on y trouvera : fonderie, forge, tannerie. L'activité commerciale s'élabore en créant un circuit qui intègre la grande pêche. En effet une vingtaine de navires par an arment pour Terre-Neuve où l'on pêche la morue. Celle -ci est vendue au Havre, à Nantes, à Marseille, d'où les navires ramènent des huiles, savons, fruits secs. A la fin de ce 15ème siècle, les activités existent mais aucun aménagement n'est encore créé au Légué. La ville de Saint Brieuc se compose de trois unités : La vieille cité autour de sa cathédrale, les villages et un avant port : le Légué.
C'est aux 16ème et 17ème que vont apparaître les premières esquisses de structures portuaires avec l'essor continuel du commerce et l'implantation de fabriques nouvelles. En 1556, l'armateur Favigo, qui a édifié son manoir au niveau de l'actuel octroi au pied du chemin qui vient de la ville, crée des cales et appontements pour ses navires. On peut aussi noter l'existence de souilles. Il faut attendre 1625 pour observer de nouvelles constructions, c'est le manoir de la famille de l'armateur Rohannec'h, situé en haut de l'éperon entre le Gouët et le Gouedic. La situation de ce bâtiment est étudié de façon à jouer le rôle de vigie et surveiller à la fois l'arrivée des navires au Légué, et le port. C'est le symbole du commerce actif. Un four à chaux s'est installé au niveau de la jonction entre le Gouët et le Gouedic, ainsi que deux corderies de part et d'autre de ce premier.
A la fin du 17ème siècle, le Légué peut être qualifié d'embryon de port, c'est un site où se développent des activités portuaires, mais où il n'y a aucun équipement. Il n'existe en effet pas de quais, mais seulement quelques souilles. Les chemins de liaison avec la ville sont peu praticables en raison de leur étroitesse et leur déclivité, le passage d'une rive à l'autre s'effectue à marée basse par un gué. De plus son accès est peu aisé, Colbert de Croisy en dira en 1665 : son port n'est d'aucune considération et n'est fréquenté que de petits bâtiments au dessous de 100 tonneaux, la mer y asséchant de si loin qu'il n'y a aucune apparence d'y retirer aucun vaisseau considérable. Pourtant, les armateurs tels Rouxel, Favigo, Rohannec'h, qui s'enrichissent des activités maritimes et représentent la bourgeoisie briochine ne s'y trompent pas. Ils se battent pour conserver leur privilèges commerciaux, pour développer leur port quitte à en exagérer l'importance et les possibilités.
En 1773, s'abat le 'déluge de Chatelaudren' qui détruit le pont de bois et emporte le quai. Un édit royal donne le droit d'armer pour les colonies en 1777. Cette autorisation renforce la vocation au commerce maritime de la ville de Saint Brieuc alors considérée comme 'un vaste monastère'. Cela entraîne un nouveau dynamisme économique, qui implique une amélioration des équipements et des accès au port tant par voie maritime que terrestre (liaison avec la ville, l'arrière pays). Le projet de réparation du quai d'Aiguillon et des cales est élaboré par l'ingénieur Perroud. Le chenal est à nouveau rectifié sur 300 m et une route neuve d'accès plus facile est aménagée sur la rive droite du Gouët doublant la rue du Gouët. Perroud propose un plan l'aménagement du quai rive droite. Ce sera le quai Lambert dont les travaux débuteront en 1788. Ces travaux vont de pair avec le prolongement du quai d'Aiguillon par un chemin de halage de 700 m. Le port se construit sur les deux rives, une passerelle piétonne submersible est lancée entre celle-ci. La ville de Saint Brieuc pendant ce temps grandit vers le nord, s'installant sur le plateau qui domine le port. Le Légué malgré sa vocation au commerce maritime, ne présente pas d'industrie des constructions navales, il n'y a que trois cordiers, deux voiliers et trois étoupassiers. Une tannerie et un imprimerie sont crées au niveau du pont de Gouët.
- Historique du port du Légué
Extrait des recherches historiques de Gwenaël Romac, architecte. Publication, juin 2000 dans 'l'Echo du Bosco', bulletin d'information de l'association du Grand Léjon.
Les premiers travaux : 700-1800
Au début du 18ème, le Légué est considéré comme sûr et abrité des vents, mais il présente un chenal sinueux et de profondeur médiocre de 25 x 1500 m. Dès 1731 on assiste aux premiers travaux portuaires qui visent à améliorer les communications d'une part entre la ville et le port et d'autre part entre les deux rives. Est ainsi construit un pont de bois mobile, au niveau du manoir Favigo, qui permet aux navires de remonter jusqu'au pont de Gouët, alors limite du port. Le chemin neuf est tracé de façon à offrir une déclivité moindre et largeur supérieure à l'actuelle rue du port Fivago. L'état du port ne s'améliore guère, les navires qui se débarrassent de leur lest et les souilles créées sous les bâtiments, rendent les fonds inégaux pouvant briser les navires lors des échouages. De plus les pierres des lavandières bouchent l'entrée du port, celui-ci se comble et est définit comme périlleux. Il devient urgent de prévoir un aménagement du Légué. C'est le début d'une période de travaux. En 1756 l'ingénieur Chocat de Grandmaison lève un premier plan du havre du Légué. On y voit déjà l'état et la qualité du bâti (habitât, entreprise), en particulier au niveau du hameau du Légué, les accès et le Gouët ponctués par les souilles. En 1758, un plan d'aménagement de la rive gauche est dressé, il s'agit d'une part du quai d'Aiguillon (actuel quai de Légué), long de 160 m et pourvu d'une cale à chaque extrémité, et d'autre part, d'une rectification de la sinuosité du Gouêt. Les travaux commenceront un an plus tard.
- Extrait des observations de l'ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées en 1840
AD 22, S Suppl. 108.
En 1830, le port du Légué accueillait environ 25 bâtiments appartenant aux négociant du lieu, à savoir dix barques de 30 à 100 tonneaux montées chacune par 5 à 10 hommes et 15 navires employés à la Grande Pêche de Terre-Neuve, du port de 150 à 300 tonneaux et ayant en moyenne 50 hommes d'équipage. Depuis 1830, le nombre de navires et de marins s'est accru. En 1839, le port du trafic du port du Légué, grâce aux premiers quais réalisés, comptabilisait 382 navires par an, pour l'importation de sel et de bois du Nord et 978 navires en sortie (céréales, pierre de taille, morues) . Extrait des observations de l'ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées en 1869 AD 22, S Suppl. 110.
Le mouvement commercial du port du Légué ne nous semble pas susceptible de grands développements, malgré la présence d'un bassin à flot. En 1868, le commerce maritime du port du Légué a considérablement diminué pour les exportations de granite et l'importation de vins de Bordeaux. En échange, les déchargements de houille, de bois du Nord et de noix animal sont en croissance, et l'exportation de légumes (pommes de terre et oignons), par petits cutters anglais, se développe chaque année. Ajoutons que le littoral de la Bretagne présente un nombre considérable de ports. Les Côtes-du-Nord en comptent 16 où il se fait des opérations de commerce, importation et exportation, aucun ne peut arriver à une importance bien grande. Les statistiques indiquent que sur ces 16 ports, 5 seulement ont un mouvement (entrées et sorties) égal ou supérieur à 20 000 tonnes. Le Légué est naturellement le plus fréquenté : en 1868, il y est entré 474 navires jaugeant 35 000 tonnes, mais si l'on se reporte aux années antérieures, on trouve que la moyenne des entrées de 1846 à 1856 était de 420 navires et que le maximum a été atteint en 1861, 1862 et 1863 avec 650 navires et un tonnage de 45000 tonnes ; c'est l'époque où se construisait la ligne de Rennes à Brest, et au Légué, se débarquaient les rails venant des usines du nord. le développement du commerce en Bretagne se fera selon toute probabilité au profit des voies ferrées qui ont déjà accaparé plusieurs des branches du commerce maritime. L'ingénieur poursuit son analyse en évoquant la diminution du nombre de navires armés pour Terre-Neuve et Islande (13 navires en 1868) et en doutant du fait que les goélettes (pour Islande) aux formes évidées supportant mal l'échouage, ainsi que les grands caboteurs, viennent au bassin du Légué (hors temps d'hivernage), pourtant le seul port à flot du Département. L'accès au Légué étant impossible en morte eau et restant difficile. L'ingénieur conclut son rapport en mettant en évidence le manque de perspective de développement du port et le peu d'utilité du bassin à flot, seulement apte à recevoir les borneurs et autres caboteurs liés aux négociants du Légué.
- Dessertes routières et ferrovières du port du Légué
Le trafic portuaire est favorisé depuis la fin du 19ème siècle par les dessertes routières et ferrovières. Depuis 1887, la voie ferrée relie la gare SNCF de Saint-Brieuc à celle du Légué située à proximité du bassin n° 1, au quai Surcouf. Elle emprunte un long tunnel long de 253 mètres sous le promontoire de Cesson. Quatre voies existent sur la rive droite facilitant les manoeuvres. La voie de la rive gauche, installée en 1904, fut supprimée en 1956. Deux voies d'accès routier relient Saint-Brieuc au port du Légué, dont la plus ancienne aboutit au Pont-de-Pierre à partir de la cathédrale. L'autre longe la vallée du Gouédic et débouche au bassin n° 1. Les deux rives sont correctement desservies.
- La structure terrestre du port du Légué : les terres-pleins
Les terre-pleins du port du Légué ont été aménagés tardivement dans la seconde moitié du 20ème siècle. Indispensables aux opérations de chargement, de déchargement et de stockage de matériaux divers, ils couvrent une superficie totale de 20 000 mètres carrés, dont 4000 m2 d'usage banal et la moitié située non bord à quai. Le terre-plein de la Ville Gilette couvre 33 000 mètres carrés, alors que l'endigage réalisé à la Pointe de Cesson s'étend sur 13 hectares, délimité par 2100 mètres de développé, formé de blocs rocheux protecteurs. Ce terre-plein comporte un quai d'accostage de 120 mètres de longueur et un espace couvrant 3 hectares. Il peut recevoir des bateaux de 3000 tonnes de port en lourd. Cet ouvrage, de type 'appontement', repose sur des fondations de trois piles parallèles de pieux métalliques espacés de 4, 95 mètres remplis de béton, reliés entre eux par des poutres préfabriquées en béton armé, supportant la dalle générale. Le fond d'échouage se situe à la cote + 5 mètres, comme celle du chenal et du radier de l'écluse. Il devait être rabaissé de 2 mètres du niveau du fond. Une zone de mouillage a été aménagée pour la pêche professionnelle en amont de l'appontement. Les magasins de stockage sont implantés sur la rive droite.
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