(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008

Bretagne, Côtes-d'Armor

Plérin-sur-Mer

Port du Légué

Type de dossier : ensemble ; sous-dossier ; avec sous-dossier Date de l'enquête : 2008

Désignation

Dénomination : port
Partie(s) constituante(s) non étudiée(s) : avant-port ; bassins à flot ; quais ; ponts ; écluses ; terre-plein portuaire ; bassin à flot ; pont ; cales ; maison

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : Domaine Public Maritime
Numéro INSEE de la commune : 22187
Aire : Bretagne
Canton : Plérin-sur-Mer
Milieu d'implantation : en écart

Historique

Commentaire historique : Il semble que le Légué ne soit pas le port primitif de Saint-Brieuc. Les premiers ports, 'Portus Aurélius' ('Port Aurel') et 'Portus Cessonius' ('Port de Cesson') auraient disparu à la suite d'un cataclysme survenu en l'an 709. Selon la tradition orale, C'est le port du Valais (appelé 'Port Glé') qui aurait été le port de Saint-Brieuc. Il menait encore les navires au début du 20ème siècle jusqu'au fond de la baie d'Yffiniac, avant que les phénomènes d'envasement ne changent la profondeur et la géomorphologie locale. L'un des derniers caboteurs, de 15 mètres de quille, s'appelait la 'Joséphine'. Il venait chercher des briques et des oignons à Langueux-Les-Grèves. A cette époque, la rivière d'Hillion, beaucoup plus large qu'aujourd'hui, passait le long de la côte.
La 1ère mention du havre du Légué est datée de 1423, dans une lettre de change de Jean V, duc de Bretagne, donnée à son épouse Jeanne de France, pour le négoce et la pêche à Terre-Neuve. En 1556, on remarque l'existence de 'souilles' pour l'échouage des navires et la présence du manoir de l'armateur Favigo (t). En 1625, le manoir de Rohannec'h témoigne d'un commerce déjà actif. En 1687, L'armateur Le Roux arme pour Terre-Neuve, et en 1691, Saint-Brieuc devient le siège royal de l'Amirauté. En 1731, les premiers travaux portuaires sont réalisés : construction d'un pont en bois et du 'Chemin Neuf'.
Pendant le 4e quart du 19ème siècle et le 1er quart du 20ème siècle, les travaux d'aménagement du port vont s'accélérer. Des armateurs et des commerçants, comme Alain Le Gouales de Mézaubran et la famille Sébert, vont favoriser le développement industriel et commercial du Légué : nouvelles lignes de fer et nouvelle ligne de transport maritime en direction des îles anglo-normandes (commerce de la pomme de terre).
Le port du Légué devient à la fois un port de Grande pêche, de pêche côtière et un port de commerce, très actif pour son hinterland environnant (commerce des céréales, de la toile et des meules de moulin). Il est considéré comme un port-refuge, un port secondaire.
Cependant, l'historique des travaux d'aménagement portuaire du Légué montre une succession de chantiers ponctuels et le manque d'aménagement global :

En 1731 : premiers travaux portuaires d'après le plan dressé par l'ingénieur Thévenou : construction du Pont de bois.
En 1756 : plan du Légué par l'ingénieur Chacat de Grandmaison.
En 1758 : construction du quai d'Aiguillon et des premières cales, rectification du chenal.
En 1733 : le quai et le pont sont détruits par le 'déluge de Châtelaudren'.
En 1777 : édit royal donnant le droit d'armer pour les colonies.
En 1783 : rectification du chenal sur 300 mètres et aménagement d'un nouvelle route d'accès au port.
En 1784 : plan du port par l'ingénieur Perroud.
En 1796 : Plan de 'Port-Brieuc' avec projet de nouvelles cales.
En 1819 : création de la Chambre de Commerce et reconstruction du Pont-de-Pierre modifié.
En 1837 : construction des quais de Nemours et de Rohanet
En 1844 : prolongement du chemin de halage, rive gauche
En 1847 : projet de bassin à flot
En 1859 : projet de mise en communication du bassin à flot et du port d'échouage du Légué
Entre 1868 et 1876 : Ecluse et bassin à flot en construction (achèvement de l'écluse en 1869).
En 1881 : projet d'une double écluse.
En 1885 : Achèvement et ouverture du bassin à flot, fonctionnement manuel de l'écluse. Construction de la voie ferrée, rive droite.
En 1887 : projets d'avant-port à la Pointe-de-l'Aigle et d'allongement de l'écluse.
En 1893 : ouverture du pont tournant livré à la circulation.
Le port du Légué devient un port à bassins, le seul dans les Côtes-du-Nord, dont les équipements répondaient aux besoins économiques de cette fin du 19ème siècle.
En 1904 : construction d'une voie ferrée, rive gauche.
En 1915 : création du bassin à flot n° 2 et d'un barrage déversoir.
En 1928 : électrification du système de manoeuvre de l'écluse.
EN 1932 : nouveau plan d'équipement portuaire.
En 1936 : allongement de l'écluse (+ 10 mètres), opération de désenvasement.
En 1944 : écluse dynamitée et détruite.
En 1946 : reconstruction et désenvasement, reprise du trafic, phase active, écluse portée à 85 mètres.
En 1962 : avant-projet de modernisation portuaire ; nouveau feu à la cale de la Douane.
En 1968 : augmentation du trafic portuaire et projet d'agrandissement du port.
En 1969 : trafic portuaire à son apogée : projet de terre-plein.
En 1975 : nouveau projet d'extension et construction du terre-plein de la Ville-Gilette.
En 1981 : projet de port de plaisance.
En 1985 : endigage à la Pointe-de-Cesson, désenvasement, chute du trafic.
En 1991 : nouveau projet d'extension, projet de port de plaisance, difficultés de la pêche.
En 1992 : projet de développement global du port.
EN 1999 : premiers travaux d'aménagement du port de commerce.
Les récentes améliorations portuaires ont augmenté la superficie des terre-pleins sur la rive gauche et facilité les mouvements des bateaux de pêche. L'endigage réalisé à la Pointe-de-Cesson en 1985 constitue un entonnoir dont les perrés ont servi au futur port. Après les graves crises économiques qui ont perturbé le trafic du port à la fin du 20ème siècle, plusieurs projets d'extension du port du Légué ont été étudiés par la Chambre de Commerce, avec le soutien du Conseil général, dont la réalisation en cours d'un grande digue à l'Est et du 3ème quai. Le port du Légué est aujourd'hui le principal port de commerce des Côtes-d'Armor et le 5ème port breton (trafic pour les bateaux de charge de 3000 à 5000 tonnes). Il est aussi devenu un port de plaisance et un site départemental de réparation navale, en particulier pour les navires de pêche de fort tonnage (350 tonnes).
Les friches industrielles de la rive droite du Légué (Carré Rosengart, Chaffoteaux et Maury) sont devenues un atout pour le développement des activités portuaires du Légué autour des activités de maintenance de la plaisance et de la pêche, mais aussi pour le développement du commerce maritime, lié au contexte international favorable aux transports maritimes.
Datation(s) principale(s) : 1er quart 15e siècle ; 16e siècle ; 17e siècle ; 2e quart 18e siècle ; 3e quart 18e siècle ; 18e siècle ; 19e siècle ; 20e siècle

Description

Commentaire descriptif : Jusqu'au milieu du 19ème siècle, l'espace navigable du port du Légué était très restreint. La marée d'Equinoxe submergeait les quais. D'autre-part, le port est exposé aux vents de Nord-Nord-Est, ce qui représente une forte contrainte pour les navires qui quittent ce port 'vent de bout'. Les premiers travaux d'aménagement du port (bassin à flot, premier bief) ont permis de rendre ses quais accessibles aux vapeurs. Cependant, la canalisation du Gouët et l'endigage de la rivière ont freiner l'effet chasse d'eau et envasé progressivement l'estuaire.
Le port comprend plusieurs parties distinctes, depuis l'avant-port en aval, avec ses digues, jetées, môles et son chenal d'accès jusqu'aux deux bassins (pêche, commerce et plaisance), reliés par l'écluse, le barrage déversoir et le pont tournant. Ces ouvrages portuaires sont complétés par les nouvelles digues de la Pointe-de-Cesson en direction du môle de 'Sous-la-Tour', qui élargissent les perspectives de développement portuaire. L'endigage de la Pointe-de-Cesson doit servir à l'extension du nouveau port du Légué afin d'aménager une zone industrielle portuaire sur plus de 13 ha reliée directement au port actuel trop faiblement doté en terre-pleins. Les terre-pleins de la Ville-Gilette et du quai Surcouf, rive droite, proposent leurs infrastructures au commerce international. L'îlot de l'Ecluse et la presqu'île du bassin n°1 servent de dépôt pour le sable, le maërl et la kerphalite.
L'anse d'évitage, située sur la rive droite, occupe l'ancien emplacement de la cale de carénage. Elle permet aux navires de longueur inférieure à 50 mètres 'd'éviter'. L'anse forme un rectangle long de 48 mètres et large de 30 mètres. Elle s'achève par 2 cales inclinées et son sol présente la particularité d'être pavé.
L'activité de commerce se répartit aujourd'hui entre le bassin à flot Le Guales de Mézaubran (avec ses 650 mètres de quais), le terre-plein de la Ville Gillette (poste d'échouage avec un quai de 120 mètres du côté plérinais, où les navires chargent les sables et la ferraille), et le nouveau terminal des Kaguerlins. Les trois nouveaux quais rive droite, offrent des perspectives de développement pour la réception des navires marchands ; cependant, le 3ème quai n'est pas assez long pour recevoir trois navires en même temps (84 mètres de longueur). De plus, il s'affaisse et les bassins s'envasent, portant leur profondeur à 4 mètres..
Technique du décor : maçonnerie
Etat de conservation : bon état ; remanié

Intérêt de l'oeuvre

Oeuvre repérée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété publique

Vue générale : du bassin-déversoir au bassin n° 2


Documentation

Documents d'archives

Archives départementales des Côtes d'Armor. S Suppl. 276-277. Port du légué : concession et exploitation du gril de carénage par la Chambre de Commerce de St-Brieuc. Travaux (1916-1947). Grues pour le déchargement des navires.

Documents figurés

Archives départementales des Côtes d'Armor. S Suppl. 108. Avant-projet de bassin à flot (1839-1861. Prolongement du chemin de halage (1844-1845).
Archives départementales des Côtes d'Armor. S Suppl. 110. Alimentation du bassin par le Gouëdic (1859-1870). Réparation d'une cale de débarquement (1865-1866). Achèvement de l'écluse (1867-1881). Entretien et élargissement du chemin de halage (1868-1891).
Archives départementales des Côtes d'Armor. S Suppl. 529. Port du légué : pont tournant entre St-Brieuc et Plérin, études et plan (1880-1890).

Bibliographie

BUFFARD, François. Témoignage oral sur l'histoire du port du Légué et les activités de pêche et de cabotage. Plérin : 20 mai 2009, témoignage oral.

CHASSEBOEUF, Gildas. Carnet de port. Douarnenez : Editions Le Chasse-Marée, 2006.

MAZIN, Charles, Guillaume (de). Etudes des ports, havres, baies, grèves et ruisseaux portant leurs eaux à la mer, Paris, 1756, p. 86.

PELAUD, M. Ports maritimes de la France. Notices sur les ports des baies de Saint-Brieuc et du Guildo et des parages voisins. Ministère des Travaux Publics : Imprimerie nationale, 1878, p. .



Annexes

  1. Historique du port du Légué
    Extrait des recherches historiques de Gwenaël Romac, architecte. Publication, juin 2000 dans 'l'Echo du Bosco', bulletin d'information de l'association du Grand Léjon.
    Soucieux d´apporter sa contribution à la connaissance de l´histoire maritime du Légué, l'Association pour le Grand Léjon vous propose un texte élaboré par Gwenaël Romac dans le cadre de ses études d´architecte. Ce document, par son caractère synthétique mais néanmoins précis, retrace la lente évolution du port du Légué au fil des siècles. Il peut, sans conteste, servir de référence pour tous ceux qui auraient à coeur de développer un aspect méconnu de l´histoire de ce port. Il a fait l'objet d'une publication, à partir de juin 2000, dans l'Echo du Bosco, bulletin d'information du Grand Léjon.

    Introduction
    Les territoires tels qu'on les perçoit aujourd'hui sont le produit d'une lente maturation où l'homme a façonné au cours du temps, selon ses besoins, notre paysage. Comprendre un site, c'est d'abord comprendre son histoire. La relation du Légué entre l'Armor et l'Argoat (la mer et la terre), entre une ville située 80 m plus haut n'ayant aucun regard sur celui-ci et une mer qui n'entre que quelques heures par jour dans le port est difficile. A travers un développement historique je tenterai de comprendre comment le Légué a été façonné. Le Légué port de mer ou port de terre ?

    la découverte : 482 - 1423 :

    Il existe peu de documents sur le Légué et son activité avant 1423 où il est mentionné dans une lettre de change du Duc Jean V. On trouve cependant une histoire sur l'arrivée du moine Brieuc, fondateur historique de la ville, dans l'estuaire du Gouët en 482 narrée par le chanoine La Devision. La description du site est contradictoire, d'abord défini comme inhabité pour conforter la légende de la fondation de St Brieuc. Ce lieu n'estoit pour lors qu'une affreuse et un affreux désert, qui n'avoit pour tout bastiments que des bois, des rochers, des montagnes et des vallées : bref une vaste forêt. Ensuite pour justifier l'implantation du moine en terrain fertile il ajoute : 'il' (St Brieuc) regarde et considère attentivement ce séjour et ce climat, il trouve l'air fort tempéré, doux et salubre, la situation agréable ; il voit ce terroir arrosé de plusieurs belles fontaines, entouré de deux gentilles rivières..., un beau port appelé jadis le port de Cesson, aujourd'hui le havre du Légué, les vallées d'alentour enrichies de belles prairies, il juge ce lieu devoir être fertile et regrette que l'industrie et le bonheur de quelques habitants n'a eu soin de cultiver. On peut donc situer à l'embouchure du Gouët, sous Cesson un port primaire. L'activité du lieu se situe au niveau de l'exploitation du sel et des produits calcaires (le maërl) qui servent à enrichir les sols, la pêche reste mineure, principalement sous la forme de pêche à pied et côtière. Pendant ce temps Saint-Brieuc se développe autour de sa vocation religieuse, le monastère devient le siège d'un évêché. Le Légué, alors une ria, apporte une relation des produits de la mer vers la terre, isolé cependant des préoccupations religieuses de St-Brieuc.

    L'esquisse du port : 1423 - 1700 :

    En 1423 on trouve la première mention de Cesson et du havre du Légué reconnaissant une activité portuaire par une lettre de change du Duc Jean V. En effet, le 15ème siècle représente un tournant dans la vie du Légué : la naissance d'un port et de ses activités, toute la pêche hauturière qui remplace la pêche côtière et surtout l'apparition du commerce. Le développement du commerce maritime est du à quelques armateurs avisés, ayant réalisé qu'il y avait des marchandises au niveau du bassin briochin et de l'arrière pays et que celles-ci ne pouvaient transiter que par la mer, les voies terrestres étant impraticables. Cette activité permet donc d'écouler les productions de l'arrière pays tant au niveau de l'agriculture, que de l'artisanat, comme le commerce des toiles de Quintin, ou celui des céréales qui se fait au Légué. Une petite industrie naît, on y trouvera : fonderie, forge, tannerie. L'activité commerciale s'élabore en créant un circuit qui intègre la grande pêche. En effet une vingtaine de navires par an arment pour Terre-Neuve où l'on pêche la morue. Celle -ci est vendue au Havre, à Nantes, à Marseille, d'où les navires ramènent des huiles, savons, fruits secs. A la fin de ce 15ème siècle, les activités existent mais aucun aménagement n'est encore créé au Légué. La ville de Saint Brieuc se compose de trois unités : La vieille cité autour de sa cathédrale, les villages et un avant port : le Légué.

    C'est aux 16ème et 17ème que vont apparaître les premières esquisses de structures portuaires avec l'essor continuel du commerce et l'implantation de fabriques nouvelles. En 1556, l'armateur Favigo, qui a édifié son manoir au niveau de l'actuel octroi au pied du chemin qui vient de la ville, crée des cales et appontements pour ses navires. On peut aussi noter l'existence de souilles. Il faut attendre 1625 pour observer de nouvelles constructions, c'est le manoir de la famille de l'armateur Rohannec'h, situé en haut de l'éperon entre le Gouët et le Gouedic. La situation de ce bâtiment est étudié de façon à jouer le rôle de vigie et surveiller à la fois l'arrivée des navires au Légué, et le port. C'est le symbole du commerce actif. Un four à chaux s'est installé au niveau de la jonction entre le Gouët et le Gouedic, ainsi que deux corderies de part et d'autre de ce premier.

    A la fin du 17ème siècle, le Légué peut être qualifié d'embryon de port, c'est un site où se développent des activités portuaires, mais où il n'y a aucun équipement. Il n'existe en effet pas de quais, mais seulement quelques souilles. Les chemins de liaison avec la ville sont peu praticables en raison de leur étroitesse et leur déclivité, le passage d'une rive à l'autre s'effectue à marée basse par un gué. De plus son accès est peu aisé, Colbert de Croisy en dira en 1665 : son port n'est d'aucune considération et n'est fréquenté que de petits bâtiments au dessous de 100 tonneaux, la mer y asséchant de si loin qu'il n'y a aucune apparence d'y retirer aucun vaisseau considérable. Pourtant, les armateurs tels Rouxel, Favigo, Rohannec'h, qui s'enrichissent des activités maritimes et représentent la bourgeoisie briochine ne s'y trompent pas. Ils se battent pour conserver leur privilèges commerciaux, pour développer leur port quitte à en exagérer l'importance et les possibilités.

    En 1773, s'abat le 'déluge de Chatelaudren' qui détruit le pont de bois et emporte le quai.
    Un édit royal donne le droit d'armer pour les colonies en 1777. Cette autorisation renforce la vocation au commerce maritime de la ville de Saint Brieuc alors considérée comme 'un vaste monastère'. Cela entraîne un nouveau dynamisme économique, qui implique une amélioration des équipements et des accès au port tant par voie maritime que terrestre (liaison avec la ville, l'arrière pays). Le projet de réparation du quai d'Aiguillon et des cales est élaboré par l'ingénieur Perroud. Le chenal est à nouveau rectifié sur 300 m et une route neuve d'accès plus facile est aménagée sur la rive droite du Gouët doublant la rue du Gouët. Perroud propose un plan l'aménagement du quai rive droite. Ce sera le quai Lambert dont les travaux débuteront en 1788. Ces travaux vont de pair avec le prolongement du quai d'Aiguillon par un chemin de halage de 700 m. Le port se construit sur les deux rives, une passerelle piétonne submersible est lancée entre celle-ci. La ville de Saint Brieuc pendant ce temps grandit vers le nord, s'installant sur le plateau qui domine le port. Le Légué malgré sa vocation au commerce maritime, ne présente pas d'industrie des constructions navales, il n'y a que trois cordiers, deux voiliers et trois étoupassiers. Une tannerie et un imprimerie sont crées au niveau du pont de Gouët.


  2. Historique du port du Légué
    Extrait des recherches historiques de Gwenaël Romac, architecte. Publication, juin 2000 dans 'l'Echo du Bosco', bulletin d'information de l'association du Grand Léjon.

    Les premiers travaux : 700-1800

    Au début du 18ème, le Légué est considéré comme sûr et abrité des vents, mais il présente un chenal sinueux et de profondeur médiocre de 25 x 1500 m. Dès 1731 on assiste aux premiers travaux portuaires qui visent à améliorer les communications d'une part entre la ville et le port et d'autre part entre les deux rives. Est ainsi construit un pont de bois mobile, au niveau du manoir Favigo, qui permet aux navires de remonter jusqu'au pont de Gouët, alors limite du port. Le chemin neuf est tracé de façon à offrir une déclivité moindre et largeur supérieure à l'actuelle rue du port Fivago. L'état du port ne s'améliore guère, les navires qui se débarrassent de leur lest et les souilles créées sous les bâtiments, rendent les fonds inégaux pouvant briser les navires lors des échouages. De plus les pierres des lavandières bouchent l'entrée du port, celui-ci se comble et est définit comme périlleux. Il devient urgent de prévoir un aménagement du Légué. C'est le début d'une période de travaux. En 1756 l'ingénieur Chocat de Grandmaison lève un premier plan du havre du Légué. On y voit déjà l'état et la qualité du bâti (habitât, entreprise), en particulier au niveau du hameau du Légué, les accès et le Gouët ponctués par les souilles. En 1758, un plan d'aménagement de la rive gauche est dressé, il s'agit d'une part du quai d'Aiguillon (actuel quai de Légué), long de 160 m et pourvu d'une cale à chaque extrémité, et d'autre part, d'une rectification de la sinuosité du Gouêt. Les travaux commenceront un an plus tard.


  3. Extrait des observations de l'ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées en 1840
    AD 22, S Suppl. 108.

    En 1830, le port du Légué accueillait environ 25 bâtiments appartenant aux négociant du lieu, à savoir dix barques de 30 à 100 tonneaux montées chacune par 5 à 10 hommes et 15 navires employés à la Grande Pêche de Terre-Neuve, du port de 150 à 300 tonneaux et ayant en moyenne 50 hommes d'équipage. Depuis 1830, le nombre de navires et de marins s'est accru.
    En 1839, le port du trafic du port du Légué, grâce aux premiers quais réalisés, comptabilisait 382 navires par an, pour l'importation de sel et de bois du Nord et 978 navires en sortie (céréales, pierre de taille, morues) .
    Extrait des observations de l'ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées en 1869
    AD 22, S Suppl. 110.

    Le mouvement commercial du port du Légué ne nous semble pas susceptible de grands développements, malgré la présence d'un bassin à flot. En 1868, le commerce maritime du port du Légué a considérablement diminué pour les exportations de granite et l'importation de vins de Bordeaux. En échange, les déchargements de houille, de bois du Nord et de noix animal sont en croissance, et l'exportation de légumes (pommes de terre et oignons), par petits cutters anglais, se développe chaque année.
    Ajoutons que le littoral de la Bretagne présente un nombre considérable de ports. Les Côtes-du-Nord en comptent 16 où il se fait des opérations de commerce, importation et exportation, aucun ne peut arriver à une importance bien grande. Les statistiques indiquent que sur ces 16 ports, 5 seulement ont un mouvement (entrées et sorties) égal ou supérieur à 20 000 tonnes. Le Légué est naturellement le plus fréquenté : en 1868, il y est entré 474 navires jaugeant 35 000 tonnes, mais si l'on se reporte aux années antérieures, on trouve que la moyenne des entrées de 1846 à 1856 était de 420 navires et que le maximum a été atteint en 1861, 1862 et 1863 avec 650 navires et un tonnage de 45000 tonnes ; c'est l'époque où se construisait la ligne de Rennes à Brest, et au Légué, se débarquaient les rails venant des usines du nord.
    le développement du commerce en Bretagne se fera selon toute probabilité au profit des voies ferrées qui ont déjà accaparé plusieurs des branches du commerce maritime.
    L'ingénieur poursuit son analyse en évoquant la diminution du nombre de navires armés pour Terre-Neuve et Islande (13 navires en 1868) et en doutant du fait que les goélettes (pour Islande) aux formes évidées supportant mal l'échouage, ainsi que les grands caboteurs, viennent au bassin du Légué (hors temps d'hivernage), pourtant le seul port à flot du Département. L'accès au Légué étant impossible en morte eau et restant difficile. L'ingénieur conclut son rapport en mettant en évidence le manque de perspective de développement du port et le peu d'utilité du bassin à flot, seulement apte à recevoir les borneurs et autres caboteurs liés aux négociants du Légué.


  4. Dessertes routières et ferrovières du port du Légué

    Le trafic portuaire est favorisé depuis la fin du 19ème siècle par les dessertes routières et ferrovières. Depuis 1887, la voie ferrée relie la gare SNCF de Saint-Brieuc à celle du Légué située à proximité du bassin n° 1, au quai Surcouf. Elle emprunte un long tunnel long de 253 mètres sous le promontoire de Cesson. Quatre voies existent sur la rive droite facilitant les manoeuvres. La voie de la rive gauche, installée en 1904, fut supprimée en 1956. Deux voies d'accès routier relient Saint-Brieuc au port du Légué, dont la plus ancienne aboutit au Pont-de-Pierre à partir de la cathédrale. L'autre longe la vallée du Gouédic et débouche au bassin n° 1. Les deux rives sont correctement desservies.


  5. La structure terrestre du port du Légué : les terres-pleins

    Les terre-pleins du port du Légué ont été aménagés tardivement dans la seconde moitié du 20ème siècle. Indispensables aux opérations de chargement, de déchargement et de stockage de matériaux divers, ils couvrent une superficie totale de 20 000 mètres carrés, dont 4000 m2 d'usage banal et la moitié située non bord à quai. Le terre-plein de la Ville Gilette couvre 33 000 mètres carrés, alors que l'endigage réalisé à la Pointe de Cesson s'étend sur 13 hectares, délimité par 2100 mètres de développé, formé de blocs rocheux protecteurs.
    Ce terre-plein comporte un quai d'accostage de 120 mètres de longueur et un espace couvrant 3 hectares. Il peut recevoir des bateaux de 3000 tonnes de port en lourd. Cet ouvrage, de type 'appontement', repose sur des fondations de trois piles parallèles de pieux métalliques espacés de 4, 95 mètres remplis de béton, reliés entre eux par des poutres préfabriquées en béton armé, supportant la dalle générale. Le fond d'échouage se situe à la cote + 5 mètres, comme celle du chenal et du radier de l'écluse. Il devait être rabaissé de 2 mètres du niveau du fond. Une zone de mouillage a été aménagée pour la pêche professionnelle en amont de l'appontement.
    Les magasins de stockage sont implantés sur la rive droite.




Illustrations

Doc. 1
Plan du port primitif du Légué par l'ingénieur Chacat de Grandmaison, 1756 (Archives municipales de Rennes)
Doc. 2
Plan du port du Légué en 1756 (AM Saint-Brieuc, CDDP 22)
Doc. 3
Extrait du rapport de Mazin, 1756, p. 86 : reconnaissance de la côte et des mouillages au port du Légué (collection particulière)
Doc. 4
Plan de détail du port de Saint-Brieuc et du Havre du Légué en 1784, par l'ingénieur Perroud : on remarque le canal ouvert en 1774, les quais, le four à chaux et la corderie rive droite (Archives municipales de Saint-Brieuc)
Doc. 5
Plan du port de Saint-Brieuc et du Havre du Légué en 1784, par l'ingénieur Perroud (Archives municipales de Saint-Brieuc)
Doc. 6
Plan du port avec les aménagements à réaliser au niveau de la rivière du Gouët en 1796 (Archives municipales de Saint-Brieuc)
Doc. 7
Reproduction du texte de demande de renouvellement de la prime pour la morue en 1829, par les armateurs de la baie de Saint-Brieuc, 2ème page (CDDP 22)
Doc. 8
Reproduction du texte de la demande de prime pour la morue en 1829, 1ère page (CDDP 22)
Doc. 9
Avant-projet de bassin à flot en 1839 : remarquer le bassin à flot et le moulin de Souzin (AD 22)
Doc. 10
Le négoce au port du Légué entre 1731 et 1894 (CDDP 22)
Doc. 11
Extrait du texte de l'ingénieur Pelaud, 1878 (collection particulière)
Doc. 12
Projet d'extension du bassin à flot : plan actuel et plan projeté en 1881 (AM saint-Brieuc)
Doc. 13
Plan du port du Légué en 1890 : le bassin à flot est en construction (Archives municipales de Saint-Brieuc)
Doc. 14
Le port du Légué avant la construction du bassin à flot : remarquer les 2 cales, 1er quart 20ème siècle (carte postale, AD 22)
Doc. 15
Nouveau plan du port du Légué, avec les aménagements portuaires en 1932 (Direction Départementale de l'Equipement 22)
Doc. 16
Trafic commercial du port du Légué entre 1938 et 1968 (CDDP 22)
Doc. 17
Le port du Légué vers 1950 : le bassin à flot (carte postale, collection particulière)
Doc. 18
Projet d'extension portuaire en 1968 (CDDP 22)
Doc. 19
Projet d'extension du port du Légué en 1968 (Direction Départementale de l'Equipement 22)
Doc. 20
Projet d'extension portuaire en 1975 (CDDP 22)
Doc. 21
Plan du Légué et de son espace portuaire en 1992 (Direction Départementale de l'Equipement 22)
Doc. 22
Dessin : les travaux au port du Légué entre 1878 et 1916 (Laurent Goulhen, collection particulière)
Doc. 23
Nouveau plan du port du Légué, avec les aménagements portuaires en 1992 (Direction Départementale de l'Equipement 22)
Fig. 1
Vue du môle du petit phare et de la Pointe-de-l'Aigle depuis l'ancienne cale, sous la tour de Cesson
Fig. 2
Vue de l'embouchure du port du Légué, à marée basse : remarquer l'ancienne tour de Cesson sur la rive droite
Fig. 3
Vue de l'embouchure du Légué à marée basse : remarquer l'ancienne ligne de chemin de fer, concurrente du bornage et le port des Cessonnais
Fig. 4
Vue de l'avant-port rive gauche : la Ville-Gillette, entre sabliers et plaisanciers
Fig. 5
Vue générale : du bassin-déversoir au bassin n° 2
Fig. 6
Vue du barrage-déversoir entre la 'Presqu'île' et les bâtiments des Ponts-et-Chaussées
Fig. 7
Vue de l'écluse et de la Presqu'île des Ponts-et-Chaussées
Fig. 8
Vue des bâtiments des Ponts-et-Chausssées
Fig. 9
En aval du pont tournant : la presqu'île pour les dépôts de Kerphalite et le quai de Nemours
Fig. 10
Vue du quai d'Aiguillon avec son mobilier traditionnel devant le bassin de plaisance
Fig. 11
Vue de la plateforme et des quais aménagés pour l'avitaillement des bateaux de pêche, rive droite du port
Fig. 12
Vue des aménagements en cours du nouveau port du Légué, côté Saint-Brieuc
Fig. 13
Vue de la plateforme d'accueil des navires de pêche au niveau du quai Surcouf
Fig. 14
Vue de la nouvelle digue Est en construction
Fig. 15
Vue de la nouvelle perspective de l'entrée du nouveau port du Légué entre le phare de la pointe de l'aigle et la digue Est
Fig. 16
Vue du nouveau port du Légué en cours de construction
Fig. 17
Panneau de présentation du nouveau port du Légué (2000-2010)
Fig. 18
Présentation du nouveau port du Légué (2000-2010)

Voir

Plérin-sur-Mer, Légué (le), Écart du Légué dit le port du Légué (rive gauche)
Plérin-sur-Mer, Légué (le), Avant-port : port d'échouage du Légué
Plérin-sur-Mer, Légué (le), Quais et cales du Légué
Plérin-sur-Mer, Légué (le), Bassin à flot du Légué
Plérin-sur-Mer, Légué (le), Port de pêche et de cabotage : Le Légué

(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008. Chercheur(s) : Prigent Guy. Renseignements : Centre de Documentation de l'inventaire du patrimoine culturel, Tél. : 02 22 93 98 29 / 31 / 40. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)